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L’effet LPHF : comment les Jeux olympiques d’hiver de cette année ont été vécus par les vétéranes de retour

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par Nancy Shields

Soixante et une joueuses de la LPHF ont pris part aux Jeux olympiques d’hiver de Milano Cortina 2026, et quarante et une sont revenues des Jeux avec une médaille.

Ce chiffre va au-delà d’un simple indicateur de succès : il témoigne de la rapidité avec laquelle la LPHF est devenue la pierre angulaire compétitive du hockey féminin international.

Lorsque la Suisse a remporté le bronze grâce à une victoire de 2-1 en prolongation contre la Suède le 19 février, puis que les États-Unis ont décroché l’or quelques heures plus tard dans un autre duel serré de 2-1 en prolongation face au Canada, les écarts à Milano Cortina n’auraient pas pu être plus minces.

Quelques jours à peine après ces matchs de médailles mémorables, plusieurs joueuses olympiques étaient déjà de retour dans les vestiaires de la LPHF, reprenant la course aux séries comme si le passage aux Jeux n’avait été qu’une simple étape du calendrier. Le lien entre les performances en ligue et sur la scène internationale était évident.

Pour les vétéranes qui avaient déjà participé aux Jeux olympiques d’hiver avant la mise au jeu inaugurale de la LPHF le 1er janvier 2024, le contraste est clair : la scène olympique n’a pas changé, c’est la préparation qui a évolué. À leurs yeux, le niveau de jeu présenté à Milano Cortina 2026 représente le produit international le plus relevé que le hockey féminin ait jamais offert.

La défenseure des Goldeneyes de Vancouver, Claire Thompson, médaillée d’or avec le Canada à Beijing 2022, a disputé les sept matchs de son équipe à Milano Cortina 2026, inscrivant un but et trois passes lors du parcours menant à la médaille d’argent.

Selon elle, la différence réside dans la préparation en amont du mois de février.

Je pense que c’est le meilleur produit de hockey féminin que nous ayons jamais été capables de présenter à l’échelle internationale.
Thompson

« Je pense qu’au Canada, nous avons été très bien encadrées pendant le processus de centralisation, ce que seules une ou deux nations ont eu la chance de faire, ce qui nous a permis de jouer dans un contexte de meilleures contre meilleures. Mais je crois que la charge de matchs dans la [LPHF] et tout ce qui a précédé a été extrêmement utile pour se préparer aux Jeux en février », ajoute-t-elle.

La centralisation, un modèle où les joueuses se regroupent dans une même ville pour s’entraîner à temps plein en vue d’un tournoi majeur, constituait autrefois la principale structure de préparation olympique. Aujourd’hui, grâce à la LPHF, cette préparation débute dès novembre et se poursuit sans interruption tout au long de l’hiver. Plutôt que de monter en puissance pour une courte compétition, les joueuses s’affrontent pendant des mois dans un contexte de meilleures contre meilleures.

Pour Sarah Nurse, ce changement s’est surtout fait sentir sur le plan physique. L’attaquante canadienne a participé aux sept matchs olympiques et récolté deux passes. Comme sa coéquipière Thompson, Nurse, qui a aussi pris part aux Jeux de 2018 et 2022, a connu les deux réalités de préparation.

Et selon elle, l’idée bien ancrée que les Jeux olympiques représentent le sommet de l’intensité physique ne tient plus.

Je dirais que la LPHF est exponentiellement plus physique. La façon dont ton corps se sent après un match de la LPHF est très différente de celle après un match international.
Nurse

Cette distinction est importante. Le hockey international demeure rapide et structuré, mais le rythme hebdomadaire de la LPHF, avec des espaces plus restreints, des contacts soutenus et une cadence constante, a élevé le niveau de base. Lorsque les équipes ont tenté d’imposer le tempo à Milano Cortina, les vétéranes de la LPHF y étaient déjà habituées.

Les Jeux olympiques restent exigeants, mais ils ne sont plus un choc.

Pour les vétéranes européennes, l’exposition quotidienne à un tel niveau de compétition est transformative. L’expérience de Michelle Karvinen illustre bien l’impact global de la Ligue. L’attaquante de Vancouver, âgée de 35 ans, avait déjà participé à quatre Jeux olympiques d’hiver et s’était imposée comme vedette dans les ligues professionnelles européennes avant la création de la LPHF. Elle a néanmoins choisi de rejoindre la Ligue cette saison, en grande partie en prévision des Jeux. « En venant ici, j’ai senti que c’était le meilleur endroit pour me préparer aux Jeux olympiques, affirme-t-elle. J’ai la chance de rivaliser avec les meilleures joueuses et de m’entraîner avec elles. »

L’attaquante suisse Alina Müller, qui vient de compléter son quatrième cycle olympique à Milano Cortina, observe cette évolution avec du recul. « Honnêtement, c’est un sport complètement différent si on retourne voir des séquences d’il y a 10 ans, a déclaré la capitaine adjointe de la Fleet à son retour à Boston. Et ça me rend extrêmement fière de voir jusqu’où le sport est rendu. Le potentiel est illimité. Il y a tellement de jeunes talents maintenant, elles sont tellement athlétiques… donc cette ligue et le jeu international vont continuer de s’améliorer. »

Le niveau de jeu à Milano Cortina reflétait bien cette progression. La structure défensive était rigoureuse, les matchs serrés fréquents, et les victoires écrasantes inexistantes. Le produit international ressemble de plus en plus au produit professionnel.

Avant la LPHF, le hockey féminin aux Jeux olympiques donnait souvent l’impression d’une montée spectaculaire, une rare convergence de talent, de vitesse et d’intensité physique.

Aujourd’hui, pour plusieurs vétéranes, il s’agit plutôt d’une continuité.

Elles ont quitté leur équipe en février, ont compétitionné sur la plus grande scène du sport, puis sont revenues dans la LPHF pour reprendre la course aux séries. La transition est immédiate. Le niveau d’exigence demeure élevé.

Quarante et une médaillées provenaient des rangs de la LPHF à Milano Cortina. Des dizaines d’autres y représentaient leur pays. Le tournoi ne se distinguait pas de la ligue, il en était la vitrine.

Les Jeux olympiques demeurent la scène la plus visible du hockey, mais ils ne sont plus une exception. Ils font désormais partie d’un écosystème annuel, façonné, élevé et soutenu par la LPHF.