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À travers la ligue, les partisan·es de la LPHF bâtissent quelque chose de nouveau

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par Pete Croatto

La foule bavarde et affable quitte la gare et déambule dans les rues calmes d’un dimanche matin tardif à Newark, vêtue d’équipements d’équipe aux teintes turquoise, de bracelets à breloques et de casquettes. On n’y perçoit aucun signe d’antagonisme ni de tension propre à l’approche d’une bataille. On dirait plutôt un défilé improvisé en route vers une immense fête.

Puis, à l’intérieur du Prudential Center, domicile des Sirens de New York, là, ça fait du bruit (dans le bon sens du terme.) Et le volume monte encore d’un cran lorsque la rondelle est mise en jeu, devant une foule record de 8 264 personnes. Les Sirens, au cœur d’une séquence de cinq matchs sans victoire, dominent rapidement la Charge d’Ottawa et prennent les devants 3-0. L’équipe locale se bat pour une précieuse place en séries éliminatoires.

L’énergie ne faiblit jamais. Ce match dominical en après-midi défile au rythme des pancartes brandies, des chants « Wee-Woo » et des acclamations. Le gain de 6-2 des Sirens, porté par une performance de trois points de Sarah Fillier et un doublé de Taylor Girard, agit comme un baume pour les dernières heures du weekend et la semaine d’obligations qui s’annonce.

« Je pense que c’était emballant pour nous, a déclaré la capitaine des Sirens, Micah Zandee-Hart, après le match. Évidemment, on voulait aussi connaître un match comme celui-là, et je crois que nos partisans et partisanes, qui sont présents et présentes à chaque rencontre, le méritaient. On l’a ressenti aujourd’hui, et c’était vraiment spécial de vivre ça avec la foule. »

Cette scène n’a rien d’exceptionnel. Assistez à n’importe quel match de la LPHF : la foule y rayonne presque toujours d’une énergie contagieuse.

« C’est vraiment spécial ici »

Danielle Kingsbury et son partenaire, Kevin Hanse, sont détenteurs d’abonnements de saison des Sirens de New York. Ce duo du nord du New Jersey a assisté à son premier match de la LPHF en 2024. Ils sont tombés sous le charme du talent des joueuses, de l’inclusivité de la ligue et de l’avenir du hockey féminin.

Depuis, l’aventure s’est avérée remarquable. Ils ont parcouru le continent pour suivre les Sirens. Au Prudential Center, ils ont déclenché la sirène pour lancer un match, fait un tour de Zamboni et même marché sur la glace aux côtés d’une joueuse lors du dernier match à domicile.

Mais quelque chose de plus grand s’est construit entre ces moments, l’apprentissage des règles, le visionnement de vidéos de hockey et la familiarisation de Hanse avec la convention collective de la LPHF. Hanse, qui travaille dans un cabinet d’avocats, et Kingsbury, enseignante au secondaire, sont devenus membres d’une communauté qui leur permet d’exprimer leur amour pour une équipe et de contribuer à son succès.

Ce dimanche-là, Hanse et Kingsbury étaient prêts. Lui portait un complet des Sirens écailleux, de couleur aigue-marine, confectionné dans une matière qui ferait fuir n’importe quel chapelier. Kingsbury arborait un chandail des Sirens couvert d’autographes et avait les cheveux teints en turquoise.

Alors que Hanse attendait le moment de lancer des chants et d’agiter des pancartes faites à la main, dont une pancarte « I ♥ NY » revisitée avec des sirènes à la place de l’image emblématique, Kingsbury se frayait un chemin dans la foule du Prudential Center, quelques instants avant la mise au jeu en cet après-midi du début mars.

« C’est vraiment spécial ici », affirme Kingsbury, qui a accueilli une nouvelle partisane de la LPHF avec un bracelet à breloques « Wee-Woo », un pompon et une pancarte pendant l’échauffement d’avant-match. « L’ambiance et la gentillesse des gens ici sont incomparables. »

Kingsbury était une hôtesse formidable. Mais fébrile d’impatience, elle a finalement rejoint la file de partisan·es qui attendaient d’entrer. Le match allait commencer.

« Je peux être pleinement moi-même à un match de la LPHF »

Peu importe qu’il s’agisse de nouveaux ou nouvelles adeptes du sport, comme Kingsbury et Hanse, ou de vétéran·es aguerri·es des débats interminables sur la « GOAT », l’engouement pour la LPHF va plus loin. Beaucoup attendaient ce moment, qu’ils en aient pris conscience ou non.

Direction Toronto. Debbie Harrison, une retraitée dans la soixantaine, adorait le hockey en grandissant, mais n’avait jamais vu quelqu’un comme elle évoluer au niveau professionnel. Trop de tentatives de ligues de hockey féminin ont vu le jour… avant d’échouer. Puis, la LPHF est arrivée, et elle est restée. Aujourd’hui, Harrison est devenue une sorte de célébrité sur les réseaux sociaux grâce à ses pancartes et à ses costumes artisanaux élaborés. Elle a même inspiré Crayola à créer une couleur inspirée de la LPHF.

En tant que partisane, Harrison contribue à l’essor de la Ligue.

« Ça donne à tellement de femmes la possibilité de faire ce qu’elles aiment, et je suis ravie d’en faire partie à ma façon, a-t-elle confié à Toronto Life. J’aurais aimé grandir avec une ligue comme celle-ci et pouvoir m’inspirer de ces joueuses impressionnantes, mais mieux vaut tard que jamais. »

Tomber en amour avec la LPHF, et avec l’équipe d’Ottawa lancée en même temps que la ligue en 2024, la Charge d’Ottawa, a poussé Sali Lafrenie à plonger dans le passé enfoui du hockey féminin. Elle y a aussi trouvé une vocation.

« Être partisane de la LPHF m’a donné un nouveau sens à mon parcours professionnel et m’a aidée à réaliser que je veux devenir archiviste et historienne du sport, a-t-elle écrit dans un essai en 2024. Mais ça ne s’arrête pas là. Il reste du travail à faire pour les historien·nes, les archivistes et les partisan·es du sport comme moi afin de s’assurer que les histoires des femmes et des personnes racisées dans le sport ne soient pas laissées de côté. »

Mel Brown, une partisane de hockey de longue date, a vécu quelque chose de nouveau lors de sa première présence à un match de la LPHF. « Pour la première fois de ma vie, je me suis senti·e chez moi lors d’un événement sportif professionnel, a écrit Brown, qui est queer, dans un essai pour CBC. Et même plus que ça : je me suis senti·e désiré·e. »

Jeff Moores, un partisan du Frost du Minnesota originaire de Minneapolis, connaît bien ce sentiment. Enfant, il assistait à divers événements sportifs en ayant l’impression d’être un étranger. L’enthousiasme que d’autres ressentaient lors d’un match des Twins du Minnesota ou dans les arénas de hockey lui échappait. Être partisan lui semblait quelque chose de laid et d’égocentrique.

En 2024, attirés par des billets abordables, Moores et son partenaire ont commencé à assister aux matchs de l’équipe PWHL Minnesota. Ce qui l’a conquis, ce n’est pas un jeu spectaculaire, ni même les deux Coupes Walter consécutives remportées par le Frost. C’est plutôt la joyeuse diversité des gens réunis dans un même espace, profitant du moment en étant eux-mêmes. Un match en particulier, une sortie de groupe, a solidifié son attachement. L’amie de Moores, qui avait amené sa fille de 12 ans, a vécu une profonde émotion en voyant des femmes au cœur d’un véritable spectacle sportif d’envergure.

« J’ai l’impression de pouvoir être pleinement moi-même à un match de la LPHF, nous a confié Moores. Et je sais que les autres partisans et partisanes vont me respecter, que je vais les respecter en retour, et qu’on va tous et toutes passer un bon moment. »

Tous les âges sont les bienvenus

D’une certaine façon, malgré le joyeux brouhaha du Prudential Center, le bébé de 13 mois demeure calme, captivé par l’action sur la glace. Le père de Shifra, Seth Kennedy, en est sans doute ravi. Il portait un chandail des Sirens de New York à la naissance de sa fille. (L’édition de cette année-là des Sirens a ensuite signé la photo.) Aujourd’hui, Kennedy arbore une kippa aux couleurs des Sirens. Shifra, elle, porte un haut bleu des Sirens confectionné par sa mère, Naomi, également présente.

« Tout est positif », affirme Seth Kennedy. Comme pour lui donner raison, lorsque Maddi Wheeler marque le premier but des Sirens à peine sept minutes après le début du match, il berce Shifra au rythme entraînant de Empire State of Mind de Alicia Keys.

« Avoir une ligue féminine avec laquelle elle peut grandir, c’est vraiment formidable », ajoute Kennedy, un ami de Hanse et Kingsbury, assis dans la même rangée qu’eux. En plus, Shifra peut déjà observer le pouvoir rassembleur du sport. « On voit toujours les mêmes visages, dit-il. Cette équipe a rapproché les gens. »

Un match de la LPHF constitue un endroit idéal pour les nouveaux venus. « J’ai rarement vu le type de comportements élitistes qu’on retrouve ailleurs », souligne Daniel Assel, détenteur d’un abonnement de saison des Goldeneyes de Vancouver. « L’inclusivité ici mérite vraiment d’être célébrée. »

« Cette communauté et cette foule sont accueillantes envers tout le monde », ajoute Aryeh Ness, qui a amené huit amis au match des Sirens. Parmi eux se trouve Tara Shrier, de Highland Park, au New Jersey, qui assiste à son premier match de la LPHF, et possède même un certificat pour le prouver.

« Les gens sont vraiment heureux d’être ici », observe Ness. Et, effectivement, Shrier en faisait partie. Toute l’expérience, la musique, les encouragements, les bracelets d’amitié (un kiosque était installé sur place) l’ont enchantée. « Je pense déjà aux personnes que j’inviterais à un prochain match. »

Liz Corey, de New Paltz, dans l’État de New York, a découvert les Sirens grâce à sa meilleure amie, Margaret Stanne. « Tu vas adorer », lui avait-elle promis. Lors du match de dimanche, Corey faisait partie des convaincues, vêtue d’un chandail des Sirens et d’une veste en jean ornée d’épingles et d’écussons à l’effigie de l’équipe. « L’ambiance de la foule, a-t-elle affirmé, a fait toute la différence. Je me suis fait des ami·es. »

Ness et sa conjointe pensent déjà à un futur invité. Ils espèrent devenir parents et emmener leurs enfants voir un match des Sirens. S’ils ont une fille, « elle pourra se reconnaître » sur la glace.

Le parcours se poursuit

« WEE-WOO! »
« GO SIRENS GO! »

« On a des bouchons d’oreilles en extra, sans blague, vraiment », lance Kingsbury aux inconnus assis tout près.

Danielle et Kevin (les formalités journalistiques semblent déplacées avec ces deux-là) ont de tout en surplus. Pendant que Kevin explique en détail les Sirens et la LPHF à un nouveau partisan assis à côté de lui, Danielle forme à elle seule une section d’encouragement. Leur enthousiasme pour les Sirens de New York et la LPHF est inépuisable. Les pancartes qu’ils ont apportées pour lancer des chants sont recto verso, afin que davantage de gens puissent participer à cette joyeuse cacophonie.

« Le sport, c’est une performance improvisée, explique Hanse. Les partisans et partisanes en font partie. »

Le couple tient même un tableau de leurs articles promotionnels et de leurs pancartes, choisissant ceux qui conviennent le mieux à chaque match. « Est-ce que ça fait de nous des superpartisans ou juste des nerds?, se demande Kevin. Y a-t-il vraiment une différence? »

Quoi qu’il en soit, ils sont à leur place. « Quand on regarde certaines communautés sportives, il y a une certaine toxicité sous-jacente », affirme Kevin. Pas à la LPHF. Ou, comme le résume Corey : « Tu peux venir ici, décrocher un peu et oublier le monde extérieur pendant un moment. Tu peux être un peu folle, danser et t’amuser. »

Et c’est aussi électrisant. « Tout peut arriver », ajoute Danielle. L’avance confortable des Sirens fond jusqu’à un seul but, avant de regonfler, comme une pâte en pleine levée, en troisième période, alors que les Sirens marquent trois buts sans riposte. La célébration suit la même courbe. Impossible d’éteindre leur enthousiasme. Danielle demande à Kevin d’arrêter d’expliquer le jeu au partisan à côté de lui.

« C’est mieux quand tu encourages, lui dit-elle. Merci, mon chéri. »

Le match se termine par une victoire convaincante des Sirens, et une harmonie intacte à la maison. Être partisan·e de la LPHF n’a pas d’échéancier précis : c’est faire partie d’un parcours. Corey ne se soucie pas vraiment des défaites, parce qu’assister à un match est en soi une expérience grisante. Danielle, au départ, adorait « voir des femmes fortes accomplir des choses impressionnantes ». Mais lors de sa première visite au Prudential Center, à l’occasion du match de la Fierté en 2024, elle a découvert la statue « Salute » de Martin Brodeur à l’extérieur de l’amphithéâtre. La citation de la légende des Devils du New Jersey l’a profondément marquée : « Après toutes ces années, je pouvais toujours lever les yeux dans les gradins et reconnaître les mêmes visages. Je savais exactement pour qui je jouais. » À partir de ce moment, elle a été conquise.

Lafrenie, qui n’a évolué qu’avec deux coéquipières noires durant son parcours sportif jeunesse, a vécu un moment déterminant lorsqu’elle a vu pour la première fois l’attaquante Sarah Nurse à la télévision, puis avec Toronto. « Voilà une joueuse professionnelle qui me ressemble ». Moores, lui, se réjouit de la montée en puissance du Frost du Minnesota comme prétendant au championnat, mais ce qui le frappe surtout, c’est que les partisan·es encouragent la ligue dans son ensemble, et pas seulement leur équipe.

Tout le monde avance ensemble.